Un matin que personne n’attendait
C’était un lundi ordinaire dans un studio de design animé à Beyrouth. Les machines à café sifflaient, les claviers cliquetaient, et l’odeur de manakish frais emplissait l’air. Puis un email apparut sur tous les écrans. Karim, le chef d’équipe fiable qui restait toujours tard pour aider, venait de se suicider.
La pièce se figea. Les gens fixaient leurs écrans, certains chuchotent, d’autres pleurent. Une seule question résonnait dans le bureau : ai-je manqué quelque chose ?
Cette histoire, bien que fictive, reflète une réalité qui touche les lieux de travail partout dans le monde. Le suicide est rarement un événement isolé. C’est une tempête construite de nombreux nuages douloureux et invisibles.
Pourquoi les lieux de travail peuvent-ils devenir des cocottes-minute
Pressions personnelles
Problèmes de santé mentale : Imaginez Rania, une analyste brillante qui sourit à chaque réunion, mais rentre chez elle dans un brouillard de dépression. Chaque matin, elle répète son « Bonjour » enjoué, tout en se demandant comment elle survivra à une nouvelle journée. Par peur du jugement, elle n’en parle à personne. Le masque devient plus lourd chaque semaine.
Épreuves de la vie : Pensez à Marwan, qui cache un avis d’expulsion dans sa mallette avant d’aller au bureau. Il prend des appels de créanciers dans l’escalier, essayant de paraître détendu. Une rupture soudaine ou une spirale financière peut transformer un emploi stable en scène où il doit continuer à jouer, même en se sentant submergé.
Solitude et sentiment d’être différent : Considérez Layla, qui porte le hijab et est la seule employée voilée de son équipe. Lorsque ses collègues plaisantent sur son foulard ou posent des questions intrusives sur sa foi, elle rit pour maintenir la paix. Avec le temps, le sentiment d’être différente devient une douleur silencieuse, l’idée qu’elle n’appartient pas vraiment au groupe.
Pressions professionnelles
Culture toxique : Dans un autre bureau, un manager crie après son équipe et exige la perfection. Les employés cessent de s’exprimer, de peur d’être humiliés. Chaque erreur ressemble à une trappe qui pourrait s’ouvrir sous leurs pieds. Une telle culture ne se contente pas de nuire au moral : elle érode la santé mentale, jour après jour.
Surcharge et burn-out : Rencontrez Fadi, dont le téléphone vibre après minuit avec des emails urgents. Il n’a pas pris de véritable week-end depuis des mois. L’épuisement brouille son jugement et l’idée de demander de l’aide semble impossible.
Incertitude professionnelle : Puis il y a Nadine, qui lit une conversation remplie de rumeurs sur des licenciements. Elle se demande si le prêt immobilier qu’elle vient de signer était une erreur. L’inconnu devient un bourdonnement constant d’anxiété qui ne la laisse jamais tranquille.
Rôles à haute responsabilité : Considérez les travailleurs de première ligne, comme les ambulanciers ou les infirmiers d’urgence, qui sont confrontés à des traumatismes à chaque service. Ils absorbent les urgences des autres jusqu’à ce que leur propre réserve émotionnelle s’épuise.
Lorsque ces difficultés personnelles se mêlent aux pressions professionnelles, le poids peut devenir insupportable.
L’effet domino : comment un lieu de travail ressent-il la perte
Le suicide d’un collègue est comme un tremblement de terre. Ses répliques touchent tout le monde.
Impact émotionnel : Certains employés pleurent ouvertement. D’autres se referment dans le silence, hantés par la culpabilité et se demandant s’ils ont manqué des signes. Les réunions s’interrompent à mi-phrase, car les yeux de quelqu’un se remplissent de larmes.
Productivité et concentration : Les délais glissent. Les emails restent sans réponse. Ce n’est pas de la paresse, mais le deuil qui brouille la concentration.
Culture et confiance : Si les dirigeants évitent le sujet, les rumeurs apparaissent. Les employés se demandent si la direction se soucie plus des objectifs trimestriels que de la vie humaine. Le silence devient une blessure supplémentaire.
Passer du silence au soutien
Réponse immédiate
Reconnaître la perte : Le PDG convoque une réunion. Il parle avec douceur, partage ce qu’il peut et nomme la mort de Karim honnêtement, sans détails graphiques. Pas de jargon d’entreprise, juste des mots humains. Un silence s’installe, mais c’est un silence de respect.
Proposer une aide immédiate : Des conseillers arrivent cet après-midi-là. Ceux qui ont besoin de pleurer ou simplement de rester assis tranquillement disposent de temps. Personne n’est obligé de faire semblant.
Guérison sur le long terme
Créer des espaces de parole : Une semaine plus tard, un cercle de souvenir se forme à la cafétéria. Des histoires sur l’humour et la gentillesse de Karim remplissent la pièce. Certains écoutent en silence, d’autres partagent en larmes. Toutes les façons de faire le deuil sont valables.
Former managers et collègues : Les superviseurs participent à des ateliers pour repérer les signes avant-coureurs comme le retrait soudain ou les changements d’humeur. Ils apprennent à demander « Comment vas-tu vraiment ? » et à le penser.
Construire une protection durable
Programmes solides de santé mentale : L’entreprise étend la couverture des thérapies et propose des bilans de bien-être confidentiels chaque trimestre. Des affiches avec les numéros d’urgence apparaissent près des ascenseurs, comme des signaux discrets de soutien.
Pratiques de travail flexibles : Les managers montrent l’exemple en quittant le bureau à l’heure, en prenant de vraies vacances et en encourageant les pauses déjeuner loin des écrans.
Tolérance zéro pour le harcèlement : Des canaux de signalement clairs et des actions rapides remplacent les plaintes chuchotées. Les employés se sentent plus en sécurité pour s’exprimer.
Culture de l’attention : Chaque réunion générale commence par une minute consacrée au bien-être. Ce petit geste est puissant : un souffle commun qui dit que les personnes passent avant les profits.
Un appel à tous les lieux de travail
L’histoire de Karim nous rappelle qu’un lieu de travail est plus que des délais et des bureaux. C’est un réseau de vies et de cœurs. Aborder le suicide n’est pas seulement une question de politique : c’est de la compassion en action.
Lorsque les entreprises parlent ouvertement, réduisent la stigmatisation et intègrent la santé mentale dans leur culture quotidienne, elles se transforment de cocottes-minute silencieuses en communautés de résilience et d’espoir.
Si vous, ou quelqu’un que vous connaissez traversez une période difficile, n’hésitez pas à demander de l’aide.
Article écrit par Daniel Ghanimé
16/09/2025

Daniel Ghanimé MBA, CHT
Emotional Intelligence Development Specialist
The Control Alternative | Mental Health Services
Morphopsychology, Clinical Hypnotherapy
Family Coaching.
Dave Elman Hypnosis Institute (DEHI) Hypnotherapy Training
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