L’épidémie silencieuse : comment les environnements de travail toxiques détruisent la santé mentale

Un lundi matin, Sarah, une talentueuse responsable marketing, était assise dans sa voiture devant son bureau, ses mains crispées sur le volant. Elle ressentait un mélange d’appréhension et d’épuisement. Une nouvelle journée l’attendait, rythmée par un supérieur qui la microgérait et ne manquait jamais une occasion de la critiquer, une salle de pause remplie de commérages, et des délais qui semblaient faits pour briser plutôt que stimuler. Mais le combat de Sarah dépassait la simple politique de bureau. Elle vivait dans un pays ravagé par la guerre et l’instabilité économique, où chaque jour apportait son lot d’incertitudes et de peurs. Pour elle, le stress d’un lieu de travail toxique s’entremêlait au stress de la survie, créant un fardeau lourd et incessant.

Son histoire n’est pas unique. À travers le monde, des millions de salariés affrontent des situations similaires, et la recherche montre que les conséquences vont bien au-delà d’un simple mal-être passager.

Qu’est-ce qui rend un lieu de travail « toxique » ?

La toxicité au travail dépasse largement les désaccords occasionnels ou les délais stressants. C’est un schéma systémique qui mine la confiance, la sécurité et le bien-être. Parmi les caractéristiques courantes :

Un mauvais leadership : Les dirigeants qui microgèrent, favorisent certains ou manquent de clarté sèment confusion, frustration et impuissance.
L’intimidation et le harcèlement : Les abus verbaux, l’exclusion, l’humiliation ou les menaces ont un impact psychologique considérable.
Un manque de sécurité psychologique : Dans un climat où les employés craignent de s’exprimer ou d’admettre leurs erreurs, le stress devient chronique et l’innovation se fige (Edmondson, 1999).
Des exigences irréalistes et une surcharge de travail : Le surmenage constant sans ressources adaptées mène à l’épuisement et au burn-out (OMS, 2019).
L’érosion de la confiance : Les commérages, les agendas cachés et l’opacité permanente forcent chacun à rester sur ses gardes, alimentant la méfiance et les conflits.

Conséquences psychologiques

Les lieux de travail toxiques affectent profondément la santé mentale :

Stress chronique et burn-out : La tension constante active en permanence la réponse au stress, entraînant épuisement, cynisme et baisse d’efficacité.
Anxiété et dépression : L’intimidation et le stress chronique augmentent fortement le risque de troubles anxieux et dépressifs (Harvey et al., 2017).
Perte d’estime de soi : L’exposition continue à la négativité détruit la confiance en soi, laissant les individus impuissants et isolés (Björkqvist et al., 2020).

Conséquences physiques

Le stress psychologique se traduit dans le corps. L’exposition prolongée à la toxicité professionnelle contribue à :

• Une élévation du cortisol, augmentant le risque de maladies cardiovasculaires.
• Des troubles du sommeil et une fatigue persistante.
• Des problèmes gastro-intestinaux et des migraines.
• Un affaiblissement du système immunitaire (APA, 2021).

Le coût pour les organisations

Les environnements toxiques nuisent aussi aux entreprises. Selon le rapport Gallup –State of the Global Workplace 2023, le désengagement et l’épuisement coûtent à l’économie mondiale 8,8 trillions de dollars par an (Gallup, 2023).
S’y ajoutent un fort turnover, l’absentéisme et le présentéisme, qui alimentent une véritable culture de la dysfonction.

L’effet amplificateur des facteurs externes

Le stress vécu par Sarah au bureau s’aggravait avec sa réalité personnelle. Vivre dans un pays en guerre et économiquement instable ajoutait de la pression :

La menace de la violence : L’exposition au conflit déclenche l’hypervigilance et la peur.
L’insécurité économique : Revenus imprévisibles et manque de ressources essentielles génèrent une anxiété permanente.
Des systèmes de soutien limités : Des infrastructures sociales et médicales faibles réduisent les capacités d’adaptation.
L’accumulation de ces stress augmente considérablement le risque de troubles psychiques. Pour Sarah, même de petits incidents professionnels pouvaient devenir accablants, amplifiant l’anxiété, la dépression et l’épuisement émotionnel, parfois jusqu’à des symptômes proches du TSPT.

Surmonter les environnements de travail toxiques

Pour les organisations :

Favoriser la sécurité psychologique : encourager le dialogue et valoriser la parole des employés (Edmondson, 1999).
Traiter rapidement les manquements : appliquer une tolérance zéro face au harcèlement ou à la discrimination.
Promouvoir l’équilibre vie pro/vie perso : horaires flexibles, charge de travail raisonnable, pauses encouragées.
Investir dans la santé mentale : proposer des services de conseil, des programmes d’aide aux employés (EAP) et de la sensibilisation.
• Diriger par l’exemple : transparence, empathie et reconnaissance posent les bases d’une culture positive.
• Soutenir face aux pressions externes : fournir des ressources comme le conseil financier l’aide en cas de crise et le soutien communautaire.

Pour les individus :

Fixer des limites : protéger son temps personnel et éviter la surcharge.
Chercher du soutien : auprès de collègues de confiance, d’amis, de la famille ou de professionnels.
Développer des stratégies d’adaptation : pleine conscience, exercice physique, écriture, techniques de relaxation.
Documenter les incidents : garder des traces de harcèlement ou d’intimidation pour d’éventuelles démarches formelles.
Envisager un changement : dans les cas extrêmes, changer d’emploi ou de carrière peut devenir nécessaire pour préserver son bien-être à long terme.

Réflexion finale

L’histoire de Sarah illustre l’impact dévastateur de la toxicité au travail combinée aux pressions extérieures. Un lieu de travail toxique n’est pas seulement désagréable, c’est une menace pour la santé physique et mentale, aggravée par l’instabilité de l’environnement de vie.

Répondre à ces enjeux demande une double approche : des changements systémiques dans les organisations et des stratégies proactives individuelles.
Créer des environnements professionnels plus sains et outiller les employés pour mieux traverser les difficultés n’est pas seulement une responsabilité d’entreprise : c’est un impératif de santé publique. Pour des personnes comme Sarah, cela peut faire la différence entre simplement survivre et véritablement vivre.

Article écrit par Daniel Ghanimé

Daniel Ghanimé MBA, CHT
Emotional Intelligence Development Specialist
The Control Alternative | Mental Health Services
Morphopsychology, Clinical Hypnotherapy
Family Coaching.
Dave Elman Hypnosis Institute (DEHI) Hypnotherapy Training
https://www.facebook.com/TheControlAlternative/
https://www.instagram.com/danielghanime

 

 

 References

American Psychological Association. (2021). Stress effects on the body. Retrieved from https://www.apa.org/topics/stress/body

Björkqvist, K., Österman, K., & Hjelt-Bäck, M. (2020). Workplace bullying: A study of the prevalence and psychological effects of bullying in the workplace. Scandinavian Journal of Psychology, 61(1), 1–8,

Edmondson, A. C. (1999). Psychological safety and learning behavior in work teams. Administrative Science Quarterly, 44(2), 350–383,

Gallup. (2023). State of the Global Workplace: 2023 Report. Retrieved from https://www.gallup.com/workplace/349484/state-of-the-global-workplace.aspx

Harvey, S. B., Joyce, S., Tan, L., Johnson, A., Nguyen, H., & Modini, M. (2017). Can work make you mentally ill? A systematic meta-review of work-related risk factors for common mental health problems. Occupational and Environmental Medicine, 74(4), 301–310,

World Health Organization. (2019). Burn-out an « occupational phenomenon »: International Classification of Diseases. Retrieved from https://www.who.int/news/item/28-05-2019-burn-out-an-occupational-phenomenon-international-classification-of-diseases

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