Nous cherchons parfois à évoluer sans savoir précisément ce que nous voulons voir changer en nous. Nous voulons mieux nous comprendre, nous libérer de certains fonctionnements, apprendre à poser nos limites ou simplement ne plus vivre certaines situations de la même manière. Nous avançons, nous réfléchissons, nous faisons des prises de conscience… et pourtant, lorsque nous nous demandons ce qui a réellement changé, il arrive que nous ne trouvions rien à répondre.
Parce que le changement intérieur n’est pas toujours spectaculaire. Il ne se manifeste pas nécessairement par une grande décision ou un bouleversement dans notre vie. Il peut apparaître dans de petites choses : une réaction différente, une limite que nous posons, une situation que nous ne vivons plus de la même façon, une envie qui n’est plus là où elle était autrefois.
Alors, comment reconnaître que l’on a changé ?
Nous continuons souvent à nous voir comme avant
Nous avons besoin d’une certaine continuité pour savoir qui nous sommes. Depuis des années, nous nous définissons à travers des phrases qui semblent aller de soi : « Je suis quelqu’un de patient », « je suis très sensible », « je suis quelqu’un qui donne beaucoup », « je n’aime pas les conflits », « je ne pourrais jamais faire ça »..
Ces représentations se construisent au fil de notre histoire. Elles peuvent avoir été parfaitement justes à une époque, puis devenir progressivement moins adaptées à ce que nous sommes devenus.
Pourtant, nous continuons à nous raconter la même histoire. Ce n’est pas volontaire. Nous ne décidons pas consciemment de rester enfermés dans une ancienne image de nous-mêmes. Simplement, ce que nous connaissons de nous paraît souvent plus évident que ce que nous sommes en train de devenir.
Il peut alors exister un décalage entre la personne que nous pensons être et celle que nos comportements commencent à révéler.
Le changement peut être là avant que nous en ayons conscience
Nous imaginons parfois qu’il faut d’abord prendre conscience d’un changement pour qu’il existe. Mais c’est souvent l’inverse.
Nous pouvons commencer à agir différemment avant même de comprendre pourquoi. Une situation nous atteint moins. Une remarque qui nous aurait autrefois bouleversés nous laisse relativement indifférents. Le besoin de nous expliquer disparaît. Nous refusons quelque chose que nous aurions accepté auparavant.
Puis, en regardant l’ensemble de ces petits changements, nous découvrons qu’ils racontent quelque chose. Une manière différente de réagir, de choisir ou de regarder les choses peut révéler une évolution beaucoup plus profonde que nous ne le pensions.
C’est parfois en observant ces détails que nous pouvons reconnaître que l’on a changé.
Nous pouvons désirer évoluer sans être prêts à rencontrer celui ou celle que nous devenons
Il y a là un paradoxe.
Nous pouvons souhaiter nous libérer de certains fonctionnements, puis être déstabilisés lorsque cette transformation devient réelle.
Apprendre à dire non peut pourtant nous déstabiliser : lorsque nous commençons à poser des limites, nous pouvons nous sentir égoïstes.
Nous souhaitons davantage nous écouter, mais lorsque nos besoins prennent enfin leur place, nous pouvons avoir l’impression de ne plus être la personne que nous étions.
Nous voulons nous libérer du regard des autres, mais lorsque nous cessons de faire certains choix pour être acceptés, nous pouvons découvrir que certaines habitudes ou certaines relations ne nous correspondent plus.
Ce que nous espérions peut alors nous emmener bien plus loin que nous ne l’avions imaginé.
Parce qu’en travaillant sur une partie de nous, c’est parfois toute notre manière d’être au monde qui évolue.
Et cette nouvelle façon d’être peut demander du temps avant de devenir familière.
L’ancienne version de nous n’a pas besoin d’être rejetée
Reconnaître que l’on a changé ne signifie pas renier la personne que nous avons été.
Cette personne avait ses raisons. Elle faisait avec son histoire, ses blessures, ses ressources, ses croyances et ce qu’elle savait à ce moment-là. Peut-être a-t-elle accepté certaines choses parce qu’elle ne savait pas encore qu’elle pouvait faire autrement. Elle a peut-être cherché à être aimée, reconnue, à protéger les autres ou à se protéger elle-même.
Nous pouvons avoir de la tendresse pour cette personne sans avoir envie de redevenir elle.
Nous n’avons donc pas à opposer celle que nous étions à celle que nous sommes aujourd’hui. Notre passé n’est pas une erreur à corriger. Il fait partie du chemin qui nous a conduits jusqu’ici.
Mais il peut arriver que certaines façons de penser, certains besoins ou certaines habitudes n’aient plus leur place dans notre présent. Et il faut parfois un peu de temps pour accepter que ces choses ne nous définissent plus.
Le regard des autres peut aussi nous maintenir dans le passé
Il n’y a pas uniquement notre propre regard.
Les personnes qui nous connaissent depuis longtemps ont, elles aussi, construit une représentation de nous. Elles savent comment nous avons toujours fonctionné, ce que nous acceptions, ce que nous aimions, ce que nous faisions pour les autres.
Alors, lorsque notre comportement évolue, cela peut les surprendre.
« Tu as changé. »
Cette phrase peut être une simple constatation. Mais elle peut aussi être entendue comme un reproche.
Et lorsque plusieurs personnes nous renvoient cette image, nous pouvons finir par douter de nous-mêmes.
Pourtant, nous ne sommes pas tenus de rester identiques pour que les autres puissent continuer à nous reconnaître.
Certaines personnes auront peut-être besoin de temps pour découvrir cette nouvelle facette de nous. D’autres aimeront peut-être mieux celle que nous étions avant.
Cela ne signifie pas nécessairement que nous nous sommes éloignés de nous-mêmes. Peut-être avons-nous simplement cessé de nous éloigner de ce que nous ressentions réellement.
Et si changer, c’était aussi accepter de ne plus être tout à fait la même personne ?
Nous parlons souvent du courage nécessaire pour changer lorsque quelque chose ne nous convient plus. Mais nous parlons moins de ce qui vient après.
Une fois que nous avons fait ce chemin, il faut encore accepter ce que nous sommes devenus.
Nos priorités peuvent avoir changé. Certaines choses peuvent nous toucher différemment. Nous pouvons avoir moins besoin de nous justifier, davantage besoin de calme, ou simplement moins envie de consacrer notre énergie à certaines situations.
Il arrive même que des choix que nous pensions définitifs ne nous correspondent plus.
Cela ne signifie pas que nous nous étions trompés. Cela signifie simplement que nous ne sommes plus exactement la même personne.
Peut-être que reconnaître que l’on a changé, c’est finalement accepter que notre identité ne soit pas quelque chose de figé. Nous ne sommes pas obligés de rester fidèles à une ancienne définition de nous-mêmes simplement parce que nous l’avons longtemps utilisée.
Nous avons le droit d’évoluer, de changer d’avis, de revoir nos priorités et de découvrir de nouveaux besoins.
Et parfois, il suffit de regarder avec un peu de recul ce qui est différent aujourd’hui pour comprendre que le changement est déjà là.
En résumé
Reconnaître que l’on a changé, ce n’est pas tourner le dos à la personne que nous avons été.
C’est accepter de découvrir la personne que nous sommes devenue.
Peut-être que grandir, ce n’est pas seulement chercher à changer ce qui ne nous convient plus.
C’est aussi apprendre à voir ce qui a changé en nous.
Si vous sentez que quelque chose s’est transformé en vous, mais que vous avez encore du mal à mettre des mots dessus et à l’accepter, un accompagnement peut parfois permettre d’éclairer ce qui est en train d’évoluer.
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À bientôt,
Hélène
